À première vue, cette photographie semble raconter quelque chose.
Une femme très âgée, recroquevillée dans un fauteuil, la tête posée sur ses bras. On pourrait y voir la fatigue, la fragilité, la solitude, peut-être même la dépendance.
Et pourtant, rien de tout cela ne m’était donné à voir.
Lors de ce reportage à Saint-Lô, cette dame dormait. Tout simplement. C’était sa manière de faire la sieste.
C’est peut-être ce qui rend cette photographie intéressante aujourd’hui. Elle me rappelle à quel point une image peut nous entraîner rapidement vers une histoire que nous construisons nous-mêmes.
Une posture devient un état. Un geste devient un symbole. Et lorsqu’il s’agit d’une personne très âgée, notre regard est peut-être encore plus prompt à y projeter la vulnérabilité ou la fin de vie.
Mais photographier ne donne pas accès aux pensées de celui que l’on photographie. Je peux montrer une attitude, une lumière, un instant. Je peux choisir de déclencher. Je ne peux pas décider de ce que cette personne ressentait.
Parfois, une femme recroquevillée dans un fauteuil est simplement une femme qui dort.
