Elle traverse la pièce. Doucement.
Pas comme on marche. Comme on avance dans quelque chose.
Chaque pas est posé. Pesé. Habité.
Autour d’elle, les chaises sont vides. Au fond, les tables sont dressées.
Tout est prêt. Mais rien ne se passe encore.
Ou peut-être qu’il se passe déjà quelque chose.
La lumière entre par les grandes baies. Blanche. Presque trop forte.
Elle découpe l’espace. Elle l’éclaire.
Elle ne s’en soucie pas. Elle continue.
Les mains jointes. Comme pour garder quelque chose en elle.
Ou pour ne pas le laisser tomber.
Le sol résonne à peine. Un pas. Puis un autre.
Le temps ne presse plus. Il l’accompagne.
Je la regarde venir. Sans intervenir.
Parce que je sens que ce moment ne m’appartient pas.
C’est un passage. Un de ceux qu’on ne remarque pas.
Un de ceux qui n’ont pas de nom. Mais qui disent beaucoup.
Elle traverse la pièce.
Et pendant quelques secondes, c’est toute son histoire qui avance avec elle.
Alors je déclenche.
Pas pour arrêter le mouvement.
Mais pour garder la trace de ce chemin.
Le sien. Celui qu’elle continue de tracer, à son rythme.
